La Ville De Ma Naissance

La Ville De Ma Naissance

Viens Lycia, nous entrons dans la ville de ma naissance, vois-tu là-haut les étoiles qui se penchent, elles accueillent ton arrivée dans la ville où je suis né. Sens-tu dans ma maison, entre tous les murs de briques rouges, sens-tu les traces d’une civilisation qui est mienne et que je touche de mon corps et mon âme. Toi la femme aux yeux dorés peux-tu comprendre que mes ancêtres en larmes, ceux qui périrent dans le feu occidental amenant avec eux le savoir ancestral, peux-tu comprendre que comme le phénix, ils renaitront un jour de leur cendres, élevant vers les cieux nouvellement ouverts la richesse et la beauté des civilisations antiques meurtries par des siècles despotiques ?

Peux-tu réellement comprendre cela Lycia ?

Et dis moi Lycia, as-tu été à Prétoria, ville merveilleuse de gloire où ses habitants respirent la joie de vivre; dis-moi Lycia, as-tu été à Prétoria, ville « africaine »?
Que se passe-t-il à Soweto: as-tu senti l’odeur du sang, celle des cadavres, des morts de la liberté, l’odeur des prêcheurs de la paix assassinée par une hégémonie relativement claire qui a tué pour des raisons rarement obscures, une hégémonie qui croit encore son savoir et sa culture supérieurs ?
Regarde dans mes yeux Lycia, ils sont des sombres miroirs: Y vois-tu cette procession noire qui se déverse folle d’espoir ? Elle ravage tout ce qu’elle peut et s’écoule plus lentement et plus profondément que toutes les autres marées noires.
Où crois-tu être Lycia? Dis-moi, penses-tu être au cœur de Soweto ? Oh non! Tu es dans le ventre de « L.A. la Femme »,L.A. la magnifique qui nous enfante son dernier show: « Les noirs se soulèvent ».

La ville s’effondre sous le chaos.

Mais que va-t-il se passer à Prétoria ? Le sang va-t-il couler? Où nous ont mené ces marches de paix? A-t-on déjà vu une victime tirer une larme de son bourreau ? Où la paix nous a-t-elle menée ? A New-York en 1965? A Memphis le 4 avril 1968 ? Souviens-toi Lycia, qu’il s’appelle Malcom X ou Martin Luther King ou même Nelson Mandela, rien ne changera, rien. Que ce soit à L.A. ou à Joannesburg, ils ont tous été assassiné.

Les armes, le chaos dans la rue, la révolte sont-ils donc les seuls moyens pour se faire entendre et rester vivant ? Sont-ils les seuls moyens capables de relever le peuple noir ? Quand reverrais-je rayonner le Lion de Judée dans le palais du Négus, quand dis-moi quand Lycia ? Quand les Enfants d’Afrique, quand ne seront-ils plus roulés dans la fange par une race meurtrière par ses armes blanches ?
Quand dis-moi quand Lycia, nous pourrons nous aimer librement sans que les gens crachent sur notre passage: … parce que tu es blanche … parce que je suis noir …